Hip Hop conscient. De La Havane à Paris, la même révolte

Un studio d’enregistrement clandestin au rez-de-chaussée d’un “solar”, une vieille maison coloniale en décrépitude. C’est là, dans un quartier marginal de La Havane, dans un réduit de 15 m2 à deux pas de la maison d’un “santero”, un religieux pratiquant la regla de Ocha (une religion africaine), que Raudel, artiste du projet interdit et censuré Escuadrón Patriota enregistre ses brûlots anti-système. Par un après-midi du mois d’août, dans la moiteur de ce studio à la température de 38°, un jeune amateur de rap français Christopher Pinós a rejoint Raudel afin d’enregistrer le premier titre de Hip Hop franco-cubain : “Catarsis”. Une rencontre entre deux générations, deux voix, une seule pensée, une seule connection : rap Cuba.

Ce titre est à entendre ici :

Catarsis

Les paroles de “Catarsis” :

Yo !

Depuis La Havane vers la France,

Christopher et Escuadron,

Deux voies et une seule pensée,

Nous sommes les racines du changement,

Deux générations et une seule connection :

Rap cubano.

Yo !

Je reviens avec des paroles nécessaires à notre époque

Et le chuchotement d’une voix que l’on n’a pu entendre en son temps

Un défi, un délire, mais plein de sens,

Une force qui transforme ce qu’elle trouve sur son chemin

Une lumière, une croix, un témoignage de vertu,

Une poésie ardente avec peu de similitudes,

Un monde cahotique, critique, sans rectitude,

Une civilisation caotique, de la pénurie à l’abondance.

De  La Havane jusqu’à la France,

Le monde se secoue dans le même état de grâce,

Une sensation de désarroi nous embrase,

Les mêmes tragédies, les mêmes malheurs.

Il n’y a pas de paix, il n’y a plus de douce tranquilité,

Aujourd’hui l’esclavage c’est la technologie et la modernité.

Adversité, difficulté, peu de fraternité,

Familles détruites, faim et nécessité.

Ne crie pas contre le destin

Nous avons fabriqué notre propre destruction,

Nous sommes coupables et témoins.

Notre espérance, nous l’enterrons dans un silo,

Et que nous reste-t-il ?

Affronter notre fin dans le délire,

Civilisation contre la destruction.

Ceci est une antre

Et elle est si imminente qu’elle me produit de l’épouvante.

Il n’y a pas de réponse, il n’y a pas de sortie,

Le mal est si important,

Beaucoup de mensonges,

Et nous répondons comment ?

Quand le monde nous demande quand ?

Raudel et Chrispy,

Nous sommes les racines du changement.

De La Havane à Paris,

Nous ne sommes pas là pour vous mentir,

Mais plutôt pour cracher nos lyriques

Afin d’éveiller vos consciences dans un pays en pleine décadence.

Ne voyez-vous pas le jeu de tous ses hommes politiques,

Qui ont perdu le sens de l’éthique.

La preuve, regardez-nous,

Pourquoi sommes-nous obligés de chanter

En toute clandestinité.

Cela fait bien longtemps que nous sommes fâchés avec un système

Où tout est manipulé.

Alors nous avons décidé de ne plus se faire opprimer,

Et on ne va pas se priver de s’exprimer,

Et sachez que si l’on se fait opprimer

C’est parce que l’on dit la vérité.

En France, les cités sont si violentes

Que les hommes ont perdu leur chemin.

C’est quoi d’ailleurs le chemin ?

En tout cas ce n’est pas celui

Que les hommes politiques veulent nous faire prendre.

Que nous vivions en démocratie ou dans le socialisme,

La liberté qu’il nous donne n’est qu’une illusion, une prison.

Ce n’est que par pur intérêt, la principale injustice c’est la justice.

Et si c’est ça la démocratie ?

Non merçi !

Non merçi !

Civilisation contre la destruction,

Ceci est une antre

Et elle est si imminente qu’elle me produit de l’épouvante.

Il n’y a pas de réponse, il n’y a pas de sortie.

Le mal est si important.

Beaucoup de mensonges

Et nous répondons comment ?

Quand le monde nous demande quand ?

Merçi à Raudel de m’avoir permis de m’exprimer.

La liberté sans le socialisme c’est le privilège et l’injustice,

Le socialisme sans la liberté c’est la tyrannie et la brutalité.

Je dédicace cette chanson à tous les Cubains qui sont opprimés

Et qui partagent les mêmes idées.

Comme le dit Raudel

La démocratie se construit avec le cœur.

Merçi Christopher, la bénédiction pour toi, pour ta famille

Et les frères de France.

Malcom dit :

Je vais m’unir à quiconque souhaite de changer les conditions d’injustice,

D’oppression et d’exploitation qui existe dans ce monde.

C’est ma position.

La bénédiction ! Hip Hop cubano !

Que Champion records soit béni

Raudel a chanté lors du dernier Forum social de La Havane organisé par le réseau de l’Observatoire critique, en mars dernier. Il s’est attiré ainsi les foudres des services de Sécurité de l’État. Raudel vit à Güines, dans un village très éloigné du centre de La Havane, c’est un des plus importants Mc’s de la culture Hip Hop underground cubaine.

Rasta, il propose un mélange entre Rap et Reggae où il évoque dans ses chansons les leaders révolutionnaires mondiaux.
En raison du contenu extrêmement critique de ses textes face aux problèmes sociaux de Cuba et en raison de ses désaccords avec la situation politique actuelle, il fait parti des artistes indépendants censurés par les institutions culturelles du pays: pas de disques, pas de studios, pas de concerts publics, pas de radios, pas d’articles dans les revues et les journaux aux mains de l’État…

Il subit aujourd’hui encore la sentence prononcée par Fidel Castro le 26 juin 1961 et fixant une fois pour toutes le cadre de création culturelle par une formule restée célèbre : “Quels sont les droits des écrivains et des artistes révolutionnaires et non révolutionnaires ? Dans la révolution, tout ; contre la révolution, rien !”

Deux clips d’Escuadrón Patriota à voir ici :

Somos la raíz del cambio

Decadencia

Myspace :

www.myspace.com/eskuadronpatriota

Photos : Adriana Pinós


Enrique   |  Culture, Société   |  08 18th, 2011    |