La police cubaine entrave le débat sur le Code du travail

Ce samedi, j’ai été convoqué au commissariat de police entre les rues 23 et C, dans le quartier du Vedado, où un agent du ministère de l’Intérieur a menacé de lancer des représailles contre moi et mes compagnons du réseau de l’Observatoire critique, si nous continuions à débattre publiquement de l’avant-projet de Code du travail.

Omar (c’est ainsi que se nomme le policier) a été explicite en disant qu’il n’hésiterait pas à utiliser la force pour empêcher que se répète ce qui s’est passé le dimanche 29 septembre, quand environ 13 personnes ont débattu du document dans le parc populaire El Curita.

Bien que le Parti communiste et la Centrale des travailleurs de Cuba ont appelé à ce débat, Omar a décidé que ce genre de choses ne pouvaient avoir lieu que dans les centres de travail, sous l’égide des institutions et de leurs fidèles sections syndicales, et le comble c’est que la police semble disposer des structures de pouvoir pour faire respecter leurs désirs.

Selon Omar, notre rencontre dans le parc est un crime qu’ils ne permettra pas de se renouveler. Il dit que nous avons violé la loi sur les associations. Un membre de l’ Observatoire critique vient de réviser la Loi, et il n’a pas trouvé en elle un délit punissable dans le fait de s’asseoir et de converser dans un parc.

Cependant, Omar a proféré la menace d’envoyer une voiture de patrouille à mon centre de travail et de  me sortir de là menotté loin devant mes compagnons, au cas où nous n’obéissions pas à ses ordres.

Un agent qui l’accompagnait (avec de beaux yeux bleus, soit dit en passant) m’a également mis en garde en disant qu’ils ne permettraient plus aucune activité contre-révolutionnaire, ce à quoi j’ai répondu que je me sentais plus révolutionnaire et plus à gauche qu’eux.

Bien qu’Omar se soit donné la liberté de me reconnaître comme un « révolutionnaire », il est clair que nous parlions de deux concepts différents de révolution : le leur relié à une conservation acrytique du statu quo, et le mien est formulé avec le désir de libérer et socialiser la capacité d’autogestion populaire.

A mon départ, Omar retint au commissariat mon compagnon Jimmy Roque, qui n’avaient pas été officiellement convoqué au commissariat, et il proféra les mêmes menaces de répression violente.

La vérité est que l’ultimatum a été donné. Il peut s’agir d’ un bluff, ceux qu’ils ont l’habitude d’utiliser, mais cela pourrait ne pas l’être. Ce serait un peu plus de honte ajoutée à l’honteux traitement illégal que la police politique cubaine inflige à tous les dissidents de droite.

Maintenant ils attaquent les socialistes critiques. Je suppose que bientôt ils seront heureux, en paix, quand dans le silence ils auront pour eux-mêmes tout le pouvoir, et quand ils parviendront à imposer un capitalisme “révolutionnaire” inédit à Cuba, bien gardé par ses porte-flingues.

Jusqu’à ce que cela arrive je serai ici, avec mes utopies, avec mes compagnons, en travaillant dans les quartiers, en nettoyant le Malecón, l’avenue du bord de mer, en plantant des arbres, en dénonçant les violations des puissants, en me solidarisant avec leurs victimes, en écrivant de la poésie, et à ma façon, en construisant un autre socialisme.

Je remercie mes compagnons qui en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis ont appelé pour s’informer de tout ce qui se passait, et aussi ceux qui m’ont accompagné dans cette matinée agitée de samedi.

Isbel Díaz Torres

Texte publié sur Havana Times

http://www.havanatimes.org/sp/?p=91058


Enrique   |  Actualité, Politique, Société, Solidarité   |  10 9th, 2013    |