Cuba face à un malaise social inédit

Les annonces d’un effondrement imminent du régime cubain ont jalonné l’histoire récente de l’île. Elles ont circulé dans les milieux diplomatiques, nourri les analyses d’experts et inspiré de nombreuses prévisions souvent démenties par les faits. La disparition du dirigeant historique, une fracture annoncée au sein des forces armées ou un effondrement économique supposé décisif ont, à plusieurs reprises, été présentés comme des tournants irréversibles. Pourtant, malgré ces anticipations récurrentes, le système politique a perduré, dans un contexte marqué par les pénuries, un contrôle social étroit et une forte inertie institutionnelle.

La période actuelle se distingue toutefois par des évolutions significatives. Le mécontentement social, longtemps contenu ou peu visible, s’exprime désormais plus ouvertement dans l’espace public. Conversations de rue, tensions dans les lieux de distribution et protestations ponctuelles témoignent d’une exaspération croissante. D’après les données recueillies par des observatoires indépendants, l’année 2025 se caractérise par une augmentation des revendications publiques et des manifestations de conflictualité sociale, suggérant un malaise profond et durable.

Toute comparaison historique reste délicate, faute d’outils permettant de mesurer de manière objective le niveau de contestation sur plusieurs décennies marquées par des restrictions sévères à la liberté d’expression. Il apparaît néanmoins que plusieurs dynamiques convergent aujourd’hui de façon inédite : une précarité matérielle persistante, une érosion progressive de la peur dans certains segments de la population et un affaiblissement du récit officiel qui, pendant longtemps, a structuré la légitimation du pouvoir. Le mécontentement tend ainsi à se normaliser et à s’inscrire dans la vie quotidienne.

À ces facteurs internes s’ajoute un environnement international plus contraignant. L’arrestation de Nicolás Maduro, le 3 janvier dernier, a accru la pression sur les autorités cubaines et contribué à un durcissement de la politique américaine à l’égard de La Havane, réduisant davantage les marges de manœuvre diplomatiques et économiques du régime.

Dans ce contexte, la question d’un éventuel effondrement du système ne peut recevoir de réponse tranchée. La situation actuelle se caractérise avant tout par une fragilité accrue : une économie exsangue, incapable de soutenir durablement les mécanismes traditionnels de loyauté, et une légitimité politique interne en déclin, dans un environnement extérieur moins favorable. L’histoire montre cependant que les fins de régime ne suivent que rarement des trajectoires spectaculaires ou prévisibles. Elles peuvent aussi résulter d’un processus lent d’usure. Dès lors, au-delà de la question du moment d’un éventuel changement politique, se pose celle des conditions dans lesquelles la société cubaine devra affronter l’après.


Enrique   |  Actualité, Politique, Économie   |  02 1st, 2026    |