Cuba : Le crépuscule d’un système à bout de souffle

L’histoire de Cuba ressemble à la longue chronique d’un effondrement mille fois annoncé et sans cesse reporté. Depuis des décennies, les oracles de la diplomatie et les experts de salon prophétisent la chute du régime, se heurtant systématiquement au mur d’une réalité plus complexe : celle d’une dictature qui a érigé la survie en art de gouverner. Ni la mort de Fidel Castro, ni les pénuries chroniques n’ont, jusqu’ici, eu raison d’un système verrouillé par une main de fer. Mais aujourd’hui, le vernis craque. Le récit héroïque de la Révolution n’est plus qu’un écho lointain, incapable de masquer l’échec d’un État qui ne survit désormais que par la coercition.

L’agression des États-Unis et l’asphyxie méthodique

La tragédie cubaine se joue aujourd’hui dans un étau monstrueux, où la survie d’un peuple est sacrifiée sur l’autel d’une géopolitique de la terreur. Au cœur de ce dispositif, le gouvernement des États-Unis déploie une stratégie d’asphyxie méthodique, agissant comme un rouleau compresseur fasciste dont l’unique objectif est de briser l’échine de l’économie insulaire, quel qu’en soit le coût humain.

L’embargo américain n’est plus une simple relique de la guerre froide ; il a muté en une arme de destruction sociale massive. En durcissant les sanctions de manière obsessionnelle et extraterritoriale, Washington impose un siège économique total qui prive les civils du strict nécessaire : médicaments, nourriture et énergie. Ce blocus, expression d’un impérialisme décomplexé, est le moteur principal de l’indigence actuelle. Il ne se contente pas de viser des dirigeants ; il étrangle une nation entière, utilisant la faim et le dénuement comme leviers politiques pour provoquer un effondrement prémédité. C’est une guerre silencieuse menée depuis les bureaux de Washington par une poignée d’exilés revanchards contre le quotidien de millions de familles.

Centres éducatifs fermés, vols suspendus, coupures de courant constantes et faim. Washington accélère une stratégie visant à provoquer la chute du gouvernement cubain en coupant l’approvisionnement en pétrole, en bloquant les devises et en asphyxiant l’économie, en utilisant la détérioration de la vie quotidienne comme arme politique.

La réaction interne : un pouvoir figé et autoritaire

De l’autre côté de l’étau, le pouvoir havanais se retrouve exsangue. Paradoxalement, cette hostilité féroce est le meilleur allié du régime : elle lui offre l’alibi permanent du « siège extérieur » pour masquer son incapacité à se réformer et justifier un appareil sécuritaire devenu l’unique horizon politique. Face à la violence impériale, le gouvernement répond par un réflexe autoritaire qui finit de broyer les aspirations de la jeunesse.

L’illusion de la stabilité masque le poids de la peur : pendant soixante ans, le Parti communiste cubain a régné sur une société mise sous tutelle, où chaque citoyen est un suspect en puissance. Ce n’est pas une « résilience » politique que nous observons, mais une stratégie de survie parasitaire. En étouffant la dissidence par des arrestations arbitraires et une censure d’un autre âge, le régime a transformé l’île en une prison à ciel ouvert.

Les libertaires cubains

Au sein de cette répression systémique, une voix singulière subit les foudres du pouvoir avec : celle des libertaires cubains. Héritiers d’une longue tradition anarchiste occultée par l’historiographie officielle, ces militants sont, aujourd’hui comme hier, la cible de la Sécurité d’État. Pour ces partisans de l’autogestion et de la liberté absolue, le quotidien se résume à une surveillance de chaque instant, à des arrestations arbitraires et à des séjours en cellule pour « dangerosité sociale ». Face à une machine policière qui ne tolère aucune alternative au centralisme d’État, beaucoup sont acculés à un choix déchirant : le silence des geôles ou l’amertume de l’exil. Ce bannissement forcé vide l’île de ses forces vives les plus critiques.

Le point de rupture : 2025 et l’isolement final

La chute de Nicolás Maduro, dernier grand mécène stratégique, a fini de précipiter ce désastre. Privée du pétrole vénézuélien par les manœuvres de sabotage de son puissant voisin du Nord, Cuba se retrouve face à son propre vide. Le gouvernement ne gouverne plus au sens noble du terme ; il administre la pénurie, rationne l’énergie et réprime le désespoir.

Le constat est sans appel : en 2025, la peur change de camp. Des grèves locales aux cris de liberté sur les réseaux sociaux, en passant par les manifestations spontanées, le peuple cubain brise l’omerta. La jeunesse, qui n’a que faire des mythes de 1959, ne réclame plus seulement du pain, mais le droit fondamental d’exister en dehors du dogme. Le tableau est glaçant : entre un gouvernement américain qui resserre l’étau avec un cynisme absolu et un pouvoir local exercé par une poignée de militaires privilégiés restant figés dans une stratégie de survie, le peuple cubain demeure le spectateur impuissant de sa propre disparition économique.

Conclusion : Vers une rupture inéluctable ?

On ne sort pas de soixante ans de totalitarisme par une transition feutrée. L’usure silencieuse qui ronge les structures de l’État laisse place à une tension électrique. La Cuba d’aujourd’hui est une poudrière de précarité et de désillusion.

Il ne s’agit plus de savoir si le régime va s’effondrer, mais comment la société cubaine parviendra à s’arracher à cette double prise d’otage. Le véritable enjeu est là : libérer Cuba de ses chaînes internes sans la livrer pieds et poings liés aux intérêts extérieurs qui, depuis trop longtemps, parient sur sa souffrance pour précipiter sa chute. Le peuple cubain mérite mieux qu’un choix entre la répression idéologique et l’asphyxie économique.

Daniel Pinós


Enrique   |  International, Politique, Société, Économie   |  02 11th, 2026    |