Les femmes afro-latinoaméricaines utilisent les réseaux pour célébrer plus de dix ans de luttes

Les mois de juin et juillet se sont distingués comme étant les plus importants dans la lutte pour les droits des afro-latinoaméricaines et afro-caribéennes, autour du 25 juillet, jour qui rend hommage à ces femmes en Amérique Latine. L’importance de ce jour de célébration repose sur le besoin d’obtenir la reconnaissance des combats auxquels les femmes afrodescendantes ont fait face au cours de l’Histoire. Il s’agit aussi de souligner le fait que ces oppressions sont vécues de manières différentes par les femmes et les hommes ; la combinaison du genre, de la race et de l’ethnie ainsi que la classe sociale aggrave  la relation de subordination.

Le blog Makungu en parle de cette manière:

Cette journée […] nous amène à réfléchir sur la nécessité de reconnaître le concours des femmes afrodescendantes dans la construction de notre nation au niveau social, culturel, économique et politique ainsi que dans la lutte pour l’indépendance des pays d’Amérique Latine.

De même, il est nécessaire de voir la situation des femmes afrodescendantes comme une situation particulière car dans leur contexte et leur vie quotidienne s’ajoute le facteur du sexe qui peut aggraver leur situation de vulnérabilité et d’exclusion. Ce qui a également incité les femmes afrodescendantes à considérer les particularités de leur situation et à générer des idées revendicatrices.

Dés lors, les recherches pour améliorer les conditions de vie des femmes afrodescendantes dans cette région ont été discutées dans d’autres forums internationaux comme lors de la Réunion régionale des Amériques tenue à Santiago du Chili en 2000, en préparation de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée. A cette occasion, l’évènement fut, par ailleurs, important et historique pour la reconnaissance de l’existence d’un racisme structurel dans la région.

La déclaration de ce forum a permis de démontrer comment le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie se manifestent de manière différente envers les femmes, aggravant leur situation d’inégalité sociale, économique et culturelle. L’importance de ces moments de réflexion est soulignée dans le blog Feminismo Afrodiaspórico:

… les organisations de femmes afrodescendantes profitent du mois de juillet pour sensibiliser et communiquer sur les diverses formes d’oppression sexuelle et ethnique que subissent des millions de femmes dans cette région.

Un des exemples illustrés dans ce post est la lutte pour la dignité et la défense des droits des travailleurs domestiques qui s’est servie de cette journée de commémoration en 2012 pour annoncer ses objectifs:

Cette année s’appuie sur la campagne mondiale lancée par la Confédération Syndicale Internationale (CSI) “12 ratifications en 2012″ selon laquelle 12 pays devront avoir ratifié fin 2012, la Convention 189, adoptée par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les travailleuses et travailleurs domestiques. […] Des millions de personnes dans le monde, et particulièrement des femmes, travaillent comme travailleur domestique. Ces emplois sont mal rémunérés et très mal reconnus en tant que profession. Dans beaucoup de parties du monde le travail domestique n’est pas apprécié à sa juste valeur au regard de la contribution de ces travailleurs au développement des familles et des enfants.

Vers un rôle politique reconnu

Ces mouvements mènent à un autre élément important qui doit naître de la célébration du 25 juillet : la reconnaissance des femmes afrodescendantes en tant qu’actrices et composantes des politiques et des engagements gouvernementaux. Ce forum international, favorisé par les Nations Unies, pourrait même permettre d’identifier les peuples afrodescendants, notamment les femmes, comme un groupe prioritaire dans la lutte contre le racisme, la xénophobie et toutes formes d’intolérance analogues.

En Amérique Latine, l’exclusion des femmes afrodescendantes est palpable et se manifeste dans différents domaines de la vie quotidienne. Les femmes sont absentes de la sphère politique et du pouvoir économique mais sont par ailleurs surreprésentées dans les couches les plus pauvres de la société. La norme est à la pauvreté et la condition qui domine les peuples et les communautés afrodescentantes se fait encore plus pesante dans la vie des femmes.

Ainsi, la célébration du 25 juillet représente une opportunité d’internationaliser le débat sur la situation des femmes noires, de mondialiser le mouvement et d’établir des programmes pour collaborer à la création de fronts communs dans la lutte contre la discrimination et l’exclusion. D’autres y voit également l’internationalisation du féminisme noir en ravivant la lutte des femmes de la diaspora comme l’indique Lucieane Reis dans le blog Blogueiras Negras [PT].

Le 25 juillet internationalise le féminisme noir grâce au renforcement de l’union entre les femmes noires où qu’elles vivent, surtout en ce qui concerne l’oppression de genre et ethno-raciale. Cette date propage et renforce les organisations et l’identité des femmes noires qui se sont consacrées à la construction de stratégies dans la lutte contre le racisme et le sexisme. Ce n’est pas n’importe quelle date pour nous les femmes noires: elle représente la rupture avec un féminisme qui ne nous a jamais prises en compte et elle rappelle la lutte des femmes noires de la diaspora, qui a également commencé à la fin des années 70 avec les féministes noires dans différentes parties de la diaspora.

De même, les organisations de femmes afrodescendantes de cette région créent des évènements et activent leurs réseaux plus particulièrement à cette époque pour éviter que des cas d’urgence passent inaperçus. Le 25 juillet 2014, par exemple, le blog Desacato Feminista avait participé à une campagne qui exigeait justice pour les femmes afrodescendentes assassinées à Buenaventura en Colombie:

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“Aujourd’hui pas de célébration mais des accusations!” Image de la campagne de Desacato Feminista en défense des femmes victimes de violence à Buenaventura en Colombie. Cette campagne fut lancée à l’occasion de la Journée internationale des Afrodescendants et des Afrocaribéens.

Dans le cadre de cette même commémoration, se déroula fin juin, le premier Sommet des Femmes Leaders Afrodescendantes des Amériques dans la capitale du Nicaragua. Le résultat de cet évènement fut la création d’une plateforme politique qui, en lien avec la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, propose la construction d’un plan d’émancipation des femmes afrodescendantes ayant pour but de surpasser la discrimination, d’exiger l’application des traités internationaux et, enfin, de faire reconnaître cette plateforme au niveau mondial.

Le Réseau des Femmes Afrolatinoaméricaines et Afrocaribéennes quant à lui, né le 25 juillet 1992, continue sa lutte pour l’amélioration des conditions de millions de femmes noires en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Aussi, des dizaines d’organisations dans chaque pays de cette région du monde œuvrent pleinement pour acquérir plus d’influence en politique et une participation équitable dans le développement des sociétés latinoaméricaines.

La situation des afrodescendants en Amérique Latine et dans les Caraïbes n’a cependant pas fait preuve de changements décisifs. On espère que l’organisation sociale et l’internationalisation du mouvement afro stimulent les transformations structurelles pour cette population.

Shirley Campbell

Traduit par Fanny Garreau

Publié par Global Voices

http://fr.globalvoicesonline.org


Enrique   |  Actualité, Politique, Société, Solidarité   |  08 8th, 2015    |