Fidel Castro : un demi-siècle au pouvoir marqué par la répression contre les opposants

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Pendant les presque cinq décennies où il a dirigé Cuba, Fidel Castro a imposé un système répressif qui punissait pratiquement toutes les formes de dissidence, un héritage qui perdure malheureusement même après sa mort.
Sous le régime de Castro, des milliers de Cubains ont été emprisonnés dans des conditions déplorables, des milliers d’autres ont été persécutés et intimidés, et des générations entières ont été privées des libertés politiques fondamentales. Cuba a fait des progrès dans les domaines de la santé et de l’éducation, mais beaucoup de ces progrès ont été annulés par de longues périodes de difficultés économiques et de politiques répressives.
Alors que les pays d’Amérique latine abandonnent progressivement les régimes autoritaires, le Cuba de Fidel Castro reste un des derniers pays de la région qui continue à réprimer pratiquement tous les droits civils et politiques. Le régime répressif créé par Fidel Castro a pu tenir pendant des décennies grâce à un contrôle draconien qui prévoyait des sanctions gouvernementales sévères pour ceux qui osaient être en désaccord, même légèrement.
La répression a été inscrite dans la législation et appliquée par les forces de sécurité, des groupes de civils (les CDR, les Comités de défense de la révolution) alignés sur l’État et un pouvoir judiciaire totalement subordonné à l’exécutif. Ces pratiques abusives ont installé à Cuba un climat de peur permanente qui a restreint l’exercice des droits fondamentaux et a fait pression sur les Cubains pour qu’ils démontrent leur loyauté envers le gouvernement en décourageant toute possibilité de critique.
De nombreuses stratégies abusives développées pendant que Castro était au pouvoir – tel que la surveillance, les coups, les détentions arbitraires et les actes publics de répudiation – continuent d’être utilisées par le gouvernement cubain aujourd’hui.
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Castro est arrivé au pouvoir en 1959, après avoir mené une révolution qui a renversé le gouvernement corrompu et abusif de Fulgencio Batista. Il a gouverné par décret jusqu’en 1976, date à laquelle la structure du gouvernement a été réformée par une nouvelle constitution, dont il a supervisé la rédaction. Depuis lors, et jusqu’à ce qu’il transfère le pouvoir à son frère Raul en juillet 2006, Fidel Castro a occupé les trois postes les plus puissants du gouvernement cubain : président du Conseil d’État, président du Conseil des ministres et premier secrétaire du Parti communiste cubain. Fidel Castro a officiellement démissionné de ses fonctions de président du Conseil d’État et du Conseil des ministres en février 2008, et a quitté son poste de Premier secrétaire le 19 avril 2011.
Pendant le mandat de Castro, Cuba a fait des progrès significatifs dans l’exercice progressif de certains droits économiques, sociaux et culturels, tels que l’éducation et les soins de santé.
Les progrès dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels n’ont jamais été accompagnés de progrès similaires dans la reconnaissance des droits civils et politiques. Pendant les décennies où Castro a occupé le pouvoir, le déni des libertés fondamentales a été implacable, et s’est même intensifié à certains moments, comme la répression de 2003 contre 75 défenseurs des droits de l’homme, journalistes, syndicalistes et autres critiques du gouvernement. Ces individus ont été accusés d’être des « mercenaires » du gouvernement américain et ont été sommairement jugés lors de procès à huis clos. Beaucoup ont été détenus pendant des années dans des conditions inhumaines, soumis à de longues périodes d’isolement et à des passages à tabac, et se sont vu refuser des soins médicaux de base même lorsqu’ils étaient gravement malades. Plus de 50 de ces prisonniers politiques ont été libérés après que Fidel Castro ait transféré le pouvoir à son frère, dans la plupart des cas à la condition qu’ils acceptent de s’exiler en Espagne.
Pendant que Fidel Castro était au pouvoir, le gouvernement cubain a refusé de reconnaître la légitimité des organisations cubaines de défense des droits de l’homme, des organisations politiques alternatives, des syndicats indépendants ou d’une presse libre. Elle n’a pas non plus permis à des observateurs internationaux, comme le Comité international de la Croix-Rouge, et à des organisations non- gouvernementales internationales, comme Human Rights Watch, de se rendre sur l’île pour enquêter sur la situation des droits de l’homme dans le pays.
Les différentes tentatives du gouvernement américain pour apporter des changements à Cuba sous le régime de Castro ont échoué à maintes reprises. Dans les années 1960, ces tentatives comprenaient des actions militaires secrètes menées par des mercenaires pour renverser Castro, comme l’invasion ratée de la Baie des Cochons et plusieurs tentatives d’assassinat ratées. Le président Dwight Eisenhower a imposé l’embargo en 1960, et cette mesure a ensuite été étendue par le président John F. Kennedy et formalisée par l’adoption de la Loi sur la liberté et la solidarité démocratique à Cuba  de 1996. Cette loi, également connue sous le nom de « Helms-Burton », interdit au président des États-Unis de lever les restrictions commerciales tant que Cuba n’a pas légalisé l’activité politique et exprimé son engagement à tenir des élections libres et équitables. Elle interdit également la levée de l’embargo tant que Fidel ou Raul Castro sont au pouvoir.
L’embargo a imposé des difficultés aux conséquences aveugles à l’ensemble du peuple cubain et n’a rien fait pour améliorer la situation des droits de l’homme à Cuba. Au lieu d’isoler Cuba, cette politique a isolé les États-Unis. Castro a habilement utilisé l’embargo pour gagner la sympathie de l’étranger, tout en l’utilisant comme prétexte pour réprimer les tentatives légitimes de promouvoir des réformes à Cuba de l’intérieur, en prétendant que de telles initiatives étaient dans l’intérêt des États-Unis et financées par ce pays.
En décembre 2014, le président Barack Obama a finalement initié un processus de changement de la politique américaine en annonçant que les États-Unis normaliseraient les relations diplomatiques avec Cuba et modéreraient les restrictions sur les voyages et le commerce avec l’île, et a exhorté le Congrès à envisager la levée de l’embargo. En échange, le gouvernement de Raúl Castro a accordé une liberté conditionnelle à 53 prisonniers politiques qui avaient été privés de leur liberté pendant plusieurs mois.
Malgré cela, les lois orwelliennes qui ont permis leur emprisonnement – et celui de milliers d’autres avant eux – restent en place, et le gouvernement cubain continue de réprimer les individus et les groupes qui critiquent le gouvernement ou revendiquent les droits fondamentaux de l’homme.
Les arrestations arbitraires et les détentions de courte durée sont courantes et empêchent les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes indépendants et d’autres personnes de se réunir ou de se déplacer librement. La détention préventive des personnes est souvent effectuée pour les empêcher de participer à des marches pacifiques ou à des rassemblements politiques.
Les deux gouvernements ont rétabli les relations diplomatiques en juillet 2015.
Pendant des décennies, Fidel Castro a été le principal bénéficiaire d’une politique américaine d’isolement profondément défectueuse qui lui a permis de se victimiser lui-même et de dissuader ainsi d’autres gouvernements de répudier ses pratiques répressives. Bien que l’embargo américain reste en place, la politique de rapprochement diplomatique initiée par l’administration Obama a modifié cette équation en privant le gouvernement cubain de son principal prétexte pour réprimer la dissidence sur l’île.
Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a fait marche arrière dans la politique d’ouverture entre les deux pays initiée sous Barack Obama. En 2019, son administration a renforcé l’embargo – en vigueur depuis 1962 – via plus de 80 mesures, dont la moitié à caractère économique : obstacles à la livraison à Cuba de pétrole vénézuélien, pressions et poursuites contre des banques et entreprises étrangères travaillant avec l’île, restrictions aux visites d’Américains… La pandémie de coronavirus n’a pas apporté de trêve à cette querelle diplomatique.
Depuis la mort de Fidel Castro, il y a eu l’espoir, puis la désillusion. La politique des États-Unis envers Cuba, ces dernières années, a l’effet d’un ascenseur émotionnel et économique. La politique de Donald Trump a littéralement asphyxié l’économie, sapant tout espoir d’une ouverture et d’un rapprochement entamé par son prédécesseur Barack Obama.
Après 4 ans de mandat Trump, Cuba est à bout de souffle et la répression, qui a frappé les artistes du Mouvement San Isidro, montre que rien n’a changé en matière de droits de l’homme.
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Daniel Pinós

Enrique   |  Histoire, Politique, Répression   |  12 11th, 2020    |