Cuba : la fin de la double monnaie ?

Après 19 ans de circulation de deux – et pendant quelque temps même trois – monnaies à Cuba, le gouvernement de Raúl Castro a finalement décidé de mettre fin à cette bizarrerie économique. La nouvelle était si attendue qu’elle a fait la une aujourd’hui sur Internet.

En bref, la double monnaie est devenue une des cibles préférées des économistes et notamment des Cubains, exaspérés par plus de deux décennies de crise. L’accès aux Pesos Convertibles (CUC) fait toute la différence entre les familles aisées et la majorité des foyers dans l’île, qui doivent survivre avec le Peso Cubain (CUP). Une situation difficile à comprendre pour les étrangers, même pour ceux ayant séjourné à Varadero cent fois.

On peut penser que désormais ça va tout changer, c’est-à-dire, les pénuries écrasant la vie de millions de Cubains vont disparaître bientôt. Ne soyons pas naïfs. C’est une décision excellente, surtout pour les entreprises cubaines, cependant ça va prendre du temps pour que le changement ait un impact sur le quotidien des familles.

L’avis des économistes

Moi, je ne suis pas spécialiste en économie. C’est pourquoi je préfère citer un des plus talentueux économistes cubains, Pavel Vidal : « Les coûts les plus importants de cette double monnaie se répercutent principalement dans les entreprises. Si cette situation change, les bénéfices immédiats se répercuteront alors principalement dans ces entreprises. La population n’en bénéficiera qu’à travers des conséquences indirectes », a-t-il souligné dans une interview publiée par la revue Espacio Laical en 2011.

Puis il conclue : « Il faut dévaluer le taux de change officiel du peso cubain afin de le rapprocher de celui imposé à la population (24 CUP pour un CUC). C’est une mesure fondamentale avant d’implanter d’autres réformes. L’idée que l’économie doit s’améliorer avant d’éliminer la double monnaie n’est qu’un leurre. La double monnaie est un réel obstacle pour la croissance économique. Il est nécessaire d’y remédier afin de continuer les changements structurels déjà entrepris. »

Vidal et d’autres experts du Centre d’études sur l’économie cubaine en ont parlé pendant des années. Néanmoins, le gouvernement a fait toujours sourde oreille, ou il a fait semblant ne pas les écouter. En tout cas, le président Raúl Castro a toujours averti au sujet des réformes qu’il n’était pas pressé.

En dépit de ces avertissements du frère cadet de Fidel Castro, on dirait que ça bouge pas mal à Cuba dernièrement. Il n’y a pas de choix quand on est dans le pétrin. Peut-on espérer alors des réformes politiques à court terme ? J’en doute fort, mais…

Les nouvelles du Sud
L’Amérique latine vue par un journaliste latino-américain résidant au Canada


Enrique   |  Actualité, Politique, Économie   |  11 1st, 2013    |